Chroniques

Le retour des rouges à Québec?

Le clivage central de cette course opposait surtout «l’aile bleue» à «l’aile rouge» du parti.

Publié le 

Daoust 12 avril (Montage Noovo Info et La Presse Canadienne)

La course à la chefferie de la Coalition Avenir Québec opposant Christine Fréchette et Bernard Drainville n’a pas suscité beaucoup de débats sur l’économie.

Tout le monde s’entend : c’est une priorité, il faut une croissance forte pour espérer avoir de la redistribution, le modèle québécois n’est pas soutenable à long terme si rien ne change et un sérieux coup de barre (accompagné d’investissements clés) est nécessaire.

Le clivage central de cette course opposait surtout « l’aile bleue » à « l’aile rouge » du parti. Les bleus assument l’histoire du Québec et son identité collective distincte sans complexe et défendent un modèle d’intégration à la société québécoise où les individus convergent vers une culture commune, quitte à utiliser les leviers de l’État pour faciliter cette convergence. Les rouges sont très réticents à utiliser ces leviers, même lorsque l’objectif est, par exemple, d’assurer le français comme langue commune au Québec.

La différence est donc d’abord et avant tout identitaire.

Christine Fréchette: une rouge

La nouvelle cheffe a d’abord été ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration de 2022 à 2024. Alors que la CAQ doit en partie son élection à l’idée de réduire l’immigration (incarnée par la formule « en prendre moins, en prendre soin » de 2018), comme nous l’avons démontré dans un récent ouvrage, Fréchette a fait l’inverse.

L’immigration temporaire a explosé sous son leadership au ministère. Les deux années où elle était ministre correspondent aux deux années où l’immigration a été le plus élevée dans l’histoire du Québec, selon l’Institut de la statistique du Québec.

Sans surprise, cette hausse de l’immigration a contribué au déclin de la langue française au Québec, comme documenté en détail par le rapport du Commissaire à la langue française.

L’incapacité du gouvernement à freiner le recul du français au Québec entre 2018 et 2026 est un des regrets les plus vifs de François Legault et il n’est pas exagéré de dire que Christine Fréchette y a grandement contribué.

Quelle crédibilité économique?

On dira peut-être que les questions linguistiques n’intéressent pas beaucoup l’électorat et que le parti devrait, sous Fréchette, déployer un discours autour de « l’économie d’abord » (slogan du Parti libéral du Québec en 2008).

Le problème pour la nouvelle cheffe est que la CAQ n’est plus du tout perçue comme étant compétente pour gérer l’économie du Québec.

Certes, son profil économique pourrait aider le parti. Comme l’image de François Legault a été centrale pour être perçue, en 2018 et 2022, comme étant le meilleur parti pour gérer l’économie.

Le problème : contrairement à François Legault, elle a un bilan à défendre et il n’est pas reluisant pour l’image.

Non seulement la dette et le coût de la vie ont explosé, mais les ratés qui frappent l’imaginaire comme l’investissement dans Northvolth sont au cœur de l’interventionnisme défendu par Fréchette. Difficile d’y voir une rupture.

Une opportunité pour le PQ, une menace pour le PLQ

L’arrivée de Fréchette comme première ministre pourrait brasser les cartes en politique québécoise.

Elle pourrait notamment être une mauvaise nouvelle pour le nouveau chef du PLQ qui connaît une récente embellie dans les sondages.

Si le camp des bleus est clairement défini (le Parti québécois détenant maintenant un quasi-monopole), le camp des rouges est maintenant plus éclaté et pourrait rendre la vie dure aux libéraux de Charles Milliard.

Les francophones désintéressés du nationalisme, mais repoussés par le PLQ (par les allégations de corruption, son montréalocentrisme du parti, l’inexpérience de son chef, etc.), pourraient considérer appuyer la CAQ sous le leadership de Fréchette.

Autrement dit, il n’est pas évident de voir qui, de Charles Milliard ou Christine Fréchette, sera le porte-étendard dominant des rouges.

Dans tous les cas, une division des rouges devrait bénéficier au Parti Québécois de Paul St-Pierre Plamondon.

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Jean-François Daoust

Jean-François Daoust

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Professeur de science politique