Christine Fréchette sera la prochaine première ministre du Québec alors qu’elle a été élue dimanche à la tête de la Coalition avenir Québec.
L’ex-ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie succède à François Legault qui dirigeait la CAQ depuis la création du parti en 2011.
Une fois assermentée, Mme Fréchette sera la deuxième femme dans l’histoire de la province après Pauline Marois, à occuper la fonction de première ministre.
Elle a été élue avec 57,9 % des votes. Pour être élu, un candidat devait obtenir la majorité absolue parmi les membres soit un résultat de 50 % +1.
15 833 membres ont voté ce qui fait que le taux de participation s’est élevé à 77,1%.
«C’est le début de quelque chose de grand», a dit Mme Fréchette lors de son arrivée sur scène pour donner son premier discours en tant que cheffe de la CAQ.
En parlant du printemps, elle a soutenu que son élection à la tête du parti marque le début d’un «vent nouveau».
«On ne gagne pas seulement une course, on lance un grand chantier.»
— Christine Fréchette, cheffe de la CAQ et première ministre désignée du Québec
Elle a aussi lancé un appel à l’unité, remerciant Bernard Drainville d’avoir fait d’elle une meilleure candidate et l’invitant à «construire la suite» avec elle.
Dans son discours, Mme Fréchette s’est aussi adressée à ses deux principaux adversaires politiques: Paul St-Pierre Plamondon du Parti québécois et Charles Milliard du Parti libéral du Québec.
«Ce n’est pas le temps d’ériger des nouvelles frontières, ce n’est pas le temps des fling flang et de l’UPAC», a dit la première ministre désignée. Elle a aussi précisé qu’elle se trouvera sur le chemin de M. St-Pierre Plamondon et de M. Milliard.
«Les Québécois ne veulent pas reculer», a soutenu Mme Fréchette.
Il s’agit d’une ascension fulgurante pour celle qui a été élue la première fois en 2022.
Christine Fréchette était considérée comme la favorite de la course: bien organisée, la femme de 56 ans native de Trois-Rivières avait obtenu l’appui de pas moins d’une quarantaine de ses collègues.
Durant la campagne, elle s’est notamment engagée à réduire l’interventionnisme et la taille de l’État. Elle souhaite renforcer la place du privé en santé, en éducation et dans les projets d’infrastructure.
Pour alléger le fardeau financier des Québécois, elle a promis de réduire le coût des immatriculations et de rembourser une part significative des droits de mutation immobilière des premiers acheteurs.
Si les deux candidats s’entendaient sur plusieurs mesures, ils ont toutefois eu de rudes échanges au sujet du troisième lien routier Québec-Lévis, du gaz de schiste et de l’immigration.
M. Drainville a notamment accusé Mme Fréchette d’abandonner le projet de troisième lien et d’aller à l’encontre des engagements du gouvernement en rouvrant le débat sur la filière gazière.
Moins «bleue» que Drainville
Les échanges ont été particulièrement houleux dans le dossier de l’immigration.
Christine Fréchette a été attaquée pour sa promesse de réactiver le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour une durée de deux ans.
M. Drainville l’a mise au défi de dévoiler le nombre d’immigrants que cette mesure favorisait. Il proposait plutôt une clause de droits acquis pour seulement 18 000 immigrants dans des secteurs prioritaires.
Ce débat a même causé l’ouverture d’une enquête de la commissaire à l’éthique sur le ministre Jean-François Roberge, qui avait fourni des chiffres aux candidats.
M. Drainville et Mme Fréchette sont de vieux confrères qui ne logent pas à la même enseigne lorsque vient le temps d’aborder les enjeux de nationalisme et d’identité.
Elle a d’ailleurs choisi de quitter le Parti québécois (PQ) en raison de son désaccord avec la Charte des valeurs qui était pilotée à l’époque par... le ministre péquiste Bernard Drainville.
À la CAQ, c’est connu: l’élue fait partie de l’aile dite «économique», tandis que son rival s’identifie davantage à l’aile bleue «nationaliste».
Conseil des ministres
Quoi qu’il en soit, Mme Fréchette s’est engagée à faire une place importante à M. Drainville au sein de son conseil des ministres, qui sera dans la zone paritaire, a-t-elle précisé.
La nouvelle première ministre aura trois semaines pour arriver en poste et composer son équipe, la session parlementaire étant prorogée jusqu’au 5 mai.
Après cette échéance, elle n’aura que très peu de temps avant les élections d’octobre pour imposer son agenda et tenter de faire remonter la CAQ dans les sondages.
L’Assemblée nationale doit ajourner ses travaux le 12 juin.
Selon le dernier coup de sonde mené par la firme Léger pour le compte de Québecor, la CAQ ne récolterait que 13 % des appuis. En 2022, la formation avait amassé 41 % des suffrages.
Or, avec Christine Fréchette à sa tête, la CAQ montait à 18 %, tandis qu’avec Bernard Drainville comme chef, elle piquait du nez (8 %), selon le sondage.
Depuis quelque temps, le PQ et le Parti libéral figurent en tête des intentions de vote. La CAQ serait en troisième place, suivi du Parti conservateur du Québec (PCQ), puis de Québec solidaire (QS).
Réactions politiques
Rapidement dimanche, l’ensemble des partis politiques ont félicité la nouvelle première ministre.
«Avoir l’occasion de servir les Québécois à ce niveau est le privilège d’une vie et je lui souhaite du succès dans les responsabilités qui l’attendent», a réagi le chef libéral Charles Milliard sur le réseau X.
La cheffe parlementaire de QS, Ruba Ghazal, a souligné dans sa déclaration aux médias que Mme Fréchette est la deuxième femme première ministre de l’histoire du Québec.
«Je m’assurerai de lui rappeler quotidiennement l’urgence de mettre en place des mesures qui feront une réelle différence pour aider les gens qui ont de la difficulté à payer le loyer, l’hypothèque, l’épicerie», a-t-elle ajouté.
«Je tiens à féliciter Mme Fréchette, a réagi à son tour le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon. Je lui souhaite la meilleure des chances dans l’exercice de ses nouvelles fonctions.»
«Nous félicitons Mme Fréchette pour son accession à la fonction de première ministre. Diriger le Québec est une responsabilité majeure, et nous lui souhaitons du succès», a également déclaré le chef du PCQ, Éric Duhaime.
Il y a également eu quelques réactions à cette victoire du côté de la politique fédérale. «Félicitations Christine Fréchette pour votre élection à la tête de la Coalition Avenir Québec. Je me réjouis à l’idée de collaborer avec vous afin de créer davantage de possibilités économiques et de prospérité pour les Québécois», a par exemple écrit le premier ministre Mark Carney.
De son côté, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a affirmé que Mme Fréchette peut «compter sur la voix du Bloc Québécois pour porter les consensus de l’Assemblée nationale du Québec au sein et face au parlement du Canada». Pierre Poilievre a de son côté affirmé être prêt à «prêt à collaborer avec vous [Christine Fréchette] sur des solutions pour remettre plus d’argent dans le portefeuille des familles québécoises».
Au sein de la CAQ, quelques députés se sont exprimés au sujet de l’élection de Christine Fréchette. Député de Taillon qui est récemment revenu au sein du caucus, Lionel Carmant s’est dit «très heureux» du résultat de dimanche.
«Je suis très enthousiaste avec l’approche de Christine», a indiqué M. Carmant auprès de Noovo Info.
Ian Lafrenière a parlé pour sa part d’«une belle course» et d’un «marathon» qui débutera dès cet automne. Il a parlé de la campagne de Mme Fréchette non pas comme une campagne contre Bernard Drainville, mais bien «pour Christine».
Ministre qui a récemment donné son soutien à Bernard Drainville, Simon Jolin-Barrette a écrit sur les réseaux sociaux que Christine Fréchette «pourra compter» sur son «entière collaboration pour travailler à gagner à nouveau la confiance des Québécois».
Au moment d’écrire ces lignes, Bernard Drainville n’avait pas encore réagi à sa défaite.
