Le mépris d’Air Canada pour le français illustre à quel point la maîtrise du français est vue comme un caprice par trop de Canadiens.
À la suite de la collision tragique qui a coûté la vie à deux pilotes (Antoine Forest et Mackenzie Gunther), dont un Québécois francophone à l’aéroport LaGuardia, le PDG d’Air Canada, Michael Rousseau, a diffusé en vidéo un message de condoléances.
Or, l’homme au salaire de 12 millions de dollars n’a pas prononcé une seule phrase complète en français.
On parle pourtant d’une tragédie humaine. D’une famille endeuillée. De proches qui perdent un fils, un collègue, un ami, et qui reçoivent les sympathies du patron de l’entreprise dans une langue qui n’est pas la leur.
Et ce, malgré le fait qu’Air Canada soit soumise à la loi canadienne sur les langues officielles.
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Des récidives en matière de mépris
De plus, Michael Rousseau est un récidiviste : en 2021 il affirmait qu’on n’avait pas à parler français lorsqu’on vit à Montréal. Devant l’absurde de sa déclaration, il s’était alors engagé à apprendre la langue.
Cinq ans plus tard, le constat est brutal : cet engagement n’a pas été respecté. Et le conseil d’administration d’Air Canada était au courant.
À qui la faute?
Soyons clairs: Michael Rousseau a les capacités d’apprendre le français.
Ce n’est pas un problème de capacité, mais bien de volonté.
Quand on dirige une compagnie de cette envergure, une société dite « nationale », qu’on est payé 12,4 millions par année et qu’on est soumis à la loi sur les langues officielles, on a le devoir de pouvoir communiquer en français.
Invoquer l’âge pour expliquer cette incapacité est franchement gênant. Des milliers de personnes apprennent de nouvelles langues chaque année dans des conditions bien plus exigeantes. Pensons entre autres choses aux nouveaux arrivants.
Le PDG est donc clairement à blâmer, mais il n’est pas seul. L’organisation, plus précisément, le conseil d’administration (CA) d’Air Canada aurait dû agir. On parle d’un délai de cinq ans depuis la promesse d’apprendre le français.
Le vrai problème dépasse le cas Rousseau
Cette affaire met en lumière une réalité persistante au Canada: le français est une langue dont la maîtrise est vue comme un caprice.
Et lorsqu’il est demandé ou exigé d’apprendre le français, il n’y a pas de conséquences.
Pourquoi apprendre le français si les conséquences de ne pas le faire sont nulles ou minimes? Pourquoi faire l’effort si, dans les faits, tout fonctionne quand même en anglais?
Dans bien des cas, il n’y a pas de coût réel à ignorer le français.
Même constat pour la gouverneure générale du Canada
C’est notamment le cas de la représentante formelle du chef d’État canadien, à savoir la gouverneure générale Mary Simon.
Nommée en 2021, Mary Simon ne parlait pas français.
Devant le tollé et l’absurde de la situation, elle a promis d’apprendre le français. Plusieurs années plus tard, elle ne peut toujours pas soutenir une conversation en français (mais rassurons-nous, elle nous dit être meilleure à la lecture et l’écriture de la langue de Molière).
Et ce, sans vivre aucune conséquence importante. Comme si ce n’était pas un problème majeur, mais plutôt, encore une fois, un caprice.
Le confort et l’indifférence
Au fond, ce que plusieurs Québécois entendent dans ce message, ce n’est pas seulement de l’anglais. C’est un signal. Celui que leur langue et, par extension, leur réalité, n’est pas importantes.
Ce signal d’une compagnie «nationale» n’est pas acceptable.
Il n’était pas acceptable lorsqu’en 1962, le président de la compagnie ferroviaire Canadien National (CN) justifiait l’absence de francophone dans les 17 vice-présidences de l’entreprise avec un mépris frappant.
Et il ne sera jamais acceptable.
Pendant ce temps, le français continue de reculer au Québec, en particulier dans la région de Michael Rousseau, à savoir la région de Montréal.
Mais rien ne semble pouvoir changer les choses dans l’ordre politique actuel.
C’est le carcan canadian. Les Québécois y sont pris. Et malheureusement, il y exprime un confort et une indifférence, pour reprendre la formule de Denys Arcand.
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