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Condoléances unilingues: le PDG d’Air Canada convoqué à Ottawa

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Condoléances unilingues: le PDG d’Air Canada convoqué à Ottawa Le grand patron d’Air Canada a été convoqué mardi à s’expliquer devant le comité des langues officielles pour son message de condoléances unilingue aux proches des pilotes, dont un Québécois, décédés dimanche soir dans l’accident d’avion survenu à l’aéroport LaGuardia, à New York.

Ni une, ni deux, le grand patron d’Air Canada a été convoqué mardi à s’expliquer devant le comité des langues officielles pour son message de condoléances unilingue aux proches des pilotes, dont un Québécois, décédés dimanche soir dans l’accident d’avion survenu à l’aéroport LaGuardia, à New York.

Une motion en ce sens a été déposée sur le parquet et adoptée presque immédiatement à l’unanimité par des députés qui exprimaient tour à tour leur indignation.

Plus tôt, en après-midi, le bureau du Commissaire aux langues officielles avait révélé avoir reçu 84 plaintes concernant le message de M. Rousseau.

L’une des personnes ayant émise une plainte s’est d’ailleurs confiée au micro de Noovo Info.

«C’est justement dans les crises qu’on voit réellement qui les gens sont. Air Canada et Michael Rousseau nous ont montré à quel point les Québécois comptaient pour eux. C’est-à-dire: zéro», a déploré Nicolas Baichev.

La grogne était aussi palpable parmi les élus dès le début de la journée alors que le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, jugeait que l’unilinguisme de la vidéo n’était pas acceptable.

«Air Canada, ils savent mieux», a-t-il dit en rappelant au passage qu’Air Canada a l’obligation légale de communiquer dans les deux langues officielles.

Le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, n’y est pas allé de main morte dans un message sur les réseaux sociaux.

«À la lumière de ce manque de respect triste et grossier à l’endroit des proches et de la famille du pilote de Coteau-du-Lac, Antoine Forest, Québécois francophone, le patron d’Air Canada doit se demander très sérieusement s’il ne s’est pas clairement disqualifié pour la fonction qu’il occupe», a-t-il dit.

Dans la vidéo qui a été mise en ligne sur de multiples plateformes de réseaux sociaux, M. Rousseau évoque une «journée très sombre» pour le transporteur et indique être «profondément attristé» par le décès des deux pilotes.

En près de quatre minutes, M. Rousseau, celui-là même qui se réjouissait en 2021 d’avoir vécu 14 ans à Montréal sans parler un mot de français, prononce cependant deux mots en français: un «bonjour» au tout début et un «merci» à la fin.

Plusieurs commentaires rédigés tant en français qu’en anglais soutiennent que le grand patron a manqué de respect en choisissant de ne s’exprimer qu’en anglais.

Au moment de publier, le transporteur aérien n’avait pas répondu à une demande de commentaire de La Presse Canadienne.

«Du mépris»

À l’Assemblée nationale, le ministre de la Langue française, Jean-François Roberge, ne mâchait pas ses mots. «Après toutes ces années au Québec et à Montréal, je pense que c’est du mépris de la part de M. Rousseau. Ça ne passe pas», a-t-il envoyé.

Le député Pascal Bérubé, du Parti québécois, est allé dans la même veine en affirmant que M. Rousseau «manque de sensibilité». Selon lui, c’est la preuve que, pour le PDG d’Air Canada, le français n’est pas un enjeu important.

Plusieurs médias ont identifié l’un des pilotes comme étant Antoine Forest, originaire de Coteau-du-Lac, en Montérégie. L’autre serait Mackenzie Gunther, un diplômé de Seneca Polytechnic, à Toronto.

L’avion de la compagnie Jazz Aviation, transporteur d’Air Canada Express, arrivait de Montréal. Il est entré en collision avec un camion de pompiers sur la piste de l’aéroport. Plus de 40 passagers et membres d’équipage ont été blessés.

Ce n’est pas la première fois que Michael Rousseau se trouve dans l’eau chaude sur des sujets linguistiques, sans compter que son entreprise fracasse régulièrement de tristes records du Commissaire aux langues officielles.

En 2021, le patron du plus gros transporteur aérien au pays avait suscité un tollé après un discours qu’il avait livré essentiellement en anglais à Montréal.

M. Rousseau avait présenté ses excuses et avait déclaré qu’il ne voulait pas manquer de respect envers les Québécois et des francophones du pays. Il s’était également engagé à améliorer son français, mais, trois ans après la controverse, il demeurait incapable de répondre à des questions dans cette langue.

Air Canada a été une société publique fédérale avant d’être privatisée en 1988. L’entente prévoyait que le transporteur reste assujetti à la Loi sur les langues officielles.