La fermeture inattendue du Nadia Guinguette sportive, dans Hochelaga à Montréal, a fait grand bruit alors que les propriétaires, Catherine D. Lapointe et Caroline Côté, sont restées discrètes sur les raisons ayant mené à la fermeture de l’établissement. Si des plaintes pour bruit ont été soulevées comme hypothèse, il s’avère que le problème concerne davantage les dispositions du bail commercial et les assurances du bâtiment.
«La fermeture découle effectivement d’un ultimatum des assurances liées aux activités prohibées du commerce dans cet immeuble en copropriété divise», a fait savoir à Noovo Info par courriel Me Pierre-Olivier Fortin, représentant du syndicat de copropriété.
Ce qu’il faut savoir, c’est qu’avant sa fermeture, Le Nadia avait pignon sur rue au 3213, rue Ontario Est, dans un bâtiment de trois étages en copropriété. Le bar sportif – dédié à la diffusion de matchs féminins comme ceux de la Victoire (hockey) et des Roses (soccer) – occupait un espace commercial loué au rez-de-chaussée, alors que les premier et deuxième étages abritaient des logements.
Selon Me Pierre-Olivier Fortin, les dispositions de la déclaration de copropriété de l’immeuble stipulent que «l’exploitation d’un bar est prohibée dans les locaux et l’obtention d’un permis d’alcool – avec consommation de nourriture – est conditionnelle à certains travaux d’insonorisation».
«Nous n’avons pas copie du bail commercial signé par Le Nadia avec les copropriétaires du local ni des démarches entreprises au préalable par elles pour vérifier si les activités souhaitées étaient autorisées, mais il appert que ces dispositions n’ont jamais été respectées», a expliqué Me Fortin.
L’avocat du syndicat de copropriété ajoute que si les propriétaires du Nadia ont finalement entamé des démarches pour l’insonorisation et la mise aux normes des lieux en mars dernier – après l’envoi d’un avis de non-conformité en raison d’infraction(s) aux exigences du Règlement sur le bruit de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve – les démarches ont été interrompues en avril par les assureurs habitation de l’immeuble, «en raison d’une mauvaise déclaration faite au moment de l’ouverture du commerce».
«En effet, il semble que les activités déclarées initialement étaient celles d’un “café”, les assureurs refusant de couvrir l’exploitation d’un bar, laquelle est prohibée dans l’immeuble et n’inclut évidemment pas les mêmes couvertures de risque», a commenté Me Pierre-Olivier Fortin dans une déclaration à Noovo Info.
Me Fortin a affirmé que les assureurs ont exigé la résiliation du bail au plus tard le 17 avril, délai ensuite prolongé au 1er mai dernier, à défaut de quoi la couverture d’assurance du bâtiment serait retirée.
«Le conseil d’administration du syndicat n’a eu d’autre choix que de se ranger derrière cette position et Le Nadia a également pris la décision de mettre fin à son bail, dans le cadre d’un règlement confidentiel entre les locataires, les locateurs et leurs avocats», a expliqué Me Fortin.
«Nous ne sommes pas un bar»
En entrevue avec Noovo Info, Catherine D. Lapointe, copropriétaire de l’établissement, a indiqué que dès le mois de décembre, moment où l’établissement a ouvert ses portes, des mesures ont été prises concernant le niveau sonore et des démarches ont été entreprises avec le propriétaire du local.
«On avait établi un plafond sonore avant même d’ouvrir le projet», a dit Mme Lapointe par téléphone. Elle ajoute que la clientèle a été sensibilisée à l’enjeu et que des mesures ont été prises afin de «couper les basses». Des visites avec des entrepreneurs ont également été faites.
«On a toujours été dans des démarches pour amenuiser au maximum.»
— Catherine D. Lapointe, copropriétaire du Nadia
Un avis de non-conformité a par la suite été transmis et malgré des démarches, la fermeture a été décidée.
Au téléphone, Mme Lapointe a également souligné que Le Nadia n’était pas un bar. «On opérait avec un permis de restaurant», a-t-elle précisé. Elle a d’ailleurs expliqué que le terme «guinguette» est utilisé dans le nom complet de l’endroit «car justement, nous ne sommes pas un bar».
«Pour nous, un bar, ça fait ne aucun sens avec la mission», a soutenu la copropriétaire du Nadia en soulignant que l’endroit se voulait rassembleur et avait pour objectif de mettre en avant le sport féminin.
«Je comprends difficilement l’appellation “bar”.»
— Catherine D. Lapointe
Selon elle, tout était en règle autant du côté des assurances que du permis d’alcool.
Catherine D. Lapointe a également souligné qu’elle et Caroline Côté n’ont jamais discuté avec Me Pierre-Olivier Fortin au sujet du dossier.
Les deux femmes espèrent trouver rapidement une solution afin de procéder à une réouverture. Des démarches sont en cours à cet effet, a confirmé Mme Lapointe qui est déçue du fait que cela se produit alors que les séries éliminatoires de la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF) mettant en vedette la Victoire de Montréal sont en cours.
Une fermeture inattendue
C’est vendredi dernier, via les réseaux sociaux, que Catherine D. Lapointe et Caroline Côté ont fait l’annonce de la fermeture «immédiate» du bar sportif Le Nadia.
«C’est avec le cœur gros, mais la tête haute que nous devons vous annoncer que Le Nadia Guinguette sportive doit quitter le 3213 Ontario Est», pouvait-on lire notamment sur le compte Instagram de l’établissement.
Les propriétaires étaient toutefois restées plutôt réservées sur les raisons de cette fermeture précipitée. «Une situation indépendante de notre volonté nous oblige à cesser nos activités à cette adresse dès aujourd’hui», avaient-elles mentionné, sans plus de détails.
Si l’équipe du Nadia affirme vivre «un choc», il semble que l’aventure soit loin d’être terminée.
«Le Nadia est né nomade, s’est ancré un temps, et brillera sous un soleil radieux tout l’été dans un lieu qu’on vous dévoilera sous peu! On continue!», a-t-on écrit.
Noovo Info a voulu joindre l’équipe de la mairesse de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Chantal Gagnon, mais n’a obtenu aucun retour au moment de publier ces lignes.


