Société

La gouverneure générale sortante médite sur son mandat de cinq ans

Le mandat de cinq ans de Mary Simon prendra fin dans un mois.

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La gouverneure générale Mary Simon, au cours d'une entrevue à La Presse Canadienne dans son bureau de Rideau Hall, le 7 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Sean Kilpatrick La gouverneure générale Mary Simon, au cours d'une entrevue à La Presse Canadienne dans son bureau de Rideau Hall, le 7 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE (Sean Kilpatrick)

La gouverneure générale sortante, Mary Simon, est fière d’avoir eu l’occasion de tisser des liens avec des gens partout au Canada — afin de faire avancer la réconciliation, conversation après conversation.

Le mandat de cinq ans de Mme Simon à titre de représentante de la reine Elizabeth II et du roi Charles III au Canada prendra fin dans un mois.

«Établir des liens qui contribuent à renforcer les relations entre les peuples autochtones et les autres Canadiens a joué un rôle important, car parfois, la confiance n’est pas toujours au rendez-vous si l’on ne parvient pas à connaître quelqu’un qui n’est pas issu de sa propre culture. Cela prend du temps», dit-elle.

Elle ajoute que cela demande d’efforts. «Il était vraiment important de simplement soutenir les Canadiens avec gentillesse et empathie pendant certaines des périodes les plus difficiles de ces cinq dernières années.»

Louise Arbour, ancienne juge à la Cour suprême et haute-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a été choisie pour succéder à Mme Simon, le 8 juin.

Mme Simon est entrée en fonction à un moment où le Canada commençait tout juste à faire face à l’héritage des pensionnats pour enfants autochtones et où le premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, faisait de la réconciliation une priorité pour son gouvernement.

Elle dit ne pas s’être sentie en conflit en assumant le rôle de gouverneure générale, même si elle s’est inquiétée de la réaction des peuples autochtones, qui entretiennent des relations distinctes avec la Couronne par le biais de traités qui n’ont pas encore été pleinement mis en œuvre.

Dans le même temps, elle a vu où elle pouvait contribuer à renforcer les relations entre les peuples autochtones et les Canadiens.

«C’est ce que j’ai vu en moi dans ce rôle: je serai cette bâtisseuse de ponts», lance-t-elle.

Mme Simon se considère comme une personne capable de jeter des ponts entre les Canadiens et la monarchie elle-même.

À l’approche du couronnement du roi Charles, elle avait saisi une nouvelle occasion en aidant à organiser des rencontres entre le roi et les dirigeants des trois organisations autochtones nationales du Canada.

«Depuis lors, les Premières Nations et les Inuits ont effectué de nombreuses visites pour rencontrer le roi Charles, souligne-t-il. Ce sont les moments les plus heureux.»

Cinq ans après sa nomination, les discussions sur la réconciliation sur le plan national évoluent. Certains politiciens se sont ouvertement demandé si les efforts n’étaient pas allés trop loin en faveur des droits autochtones, tandis que le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux de la Colombie-Britannique et de l’Ontario ont fait avancer le développement de grands projets d’une manière qui, selon les détracteurs, discrédite les droits autochtones garantis par la Constitution.

Mme Simon dit qu’elle n’utiliserait pas le mot «décourageant» pour décrire la situation actuelle.

«Cela signifie rester cohérents dans notre message et dans l’approche tournée vers l’avenir que le Canada a adoptée depuis que je suis à Rideau Hall. C’est un mode de vie. C’est un parcours qui dure toute une vie. Cela ne s’arrête jamais.»

Et le français?

Mme Simon a également été critiquée pendant son mandat pour ne pas parler couramment le français, contrairement à l’anglais et à l’inuktitut.

Elle juge que ces critiques n’étaient pas justifiées.

Presque toutes les langues autochtones parlées au Canada sont considérées par l’UNESCO comme menacées ou en voie de disparition, et le mandat de Mme Simon à Rideau Hall a coïncidé avec la Décennie internationale des langues autochtones proclamée par les Nations Unies.

En 2011, Statistique Canada a indiqué que seuls 10,5 % des Autochtones parlaient à la fois l’anglais et le français, contre 17,9 % de l’ensemble de la population canadienne.

Le nombre de personnes capables de parler une langue autochtone, quant à lui, est en chute libre. Un rapport de Statistique Canada de 2021 indiquait qu’environ 240 000 Autochtones pouvaient s’exprimer couramment dans une langue autochtone, soit une baisse de 4,3 % depuis 2016. Cela fait partie de l’héritage des pensionnats et d’autres politiques gouvernementales qui visaient à forcer l’assimilation des Autochtones en les empêchant de parler leurs propres langues.

Bien que Simon soit née et ait grandi au Québec, elle n’a pas reçu d’éducation en français. Elle a tenté d’apprendre en suivant des cours particuliers.

«Même si le Canada nous rappelle que nous avons deux langues officielles, les langues autochtones sont tout aussi importantes, a-t-elle déclaré. Et j’ai fait un effort tout au long de mon mandat pour parler l’inuktitut dans mes discours, même s’il n’y a pas d’Inuits dans l’assistance. Il est important que les Canadiens entendent une langue autochtone.»

Alessia Passafiume

Alessia Passafiume

Journaliste