À la demande d’un groupe de personnalités, le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral (PLQ) se sont engagés respectivement, mercredi, à tenir un grand sommet sur l’itinérance d’ici à juin 2027 si l’un ou l’autre forme le prochain gouvernement.
Dans une lettre ouverte publiée par le quotidien «Le Devoir», les signataires, parmi lesquels les maires de Montréal et de Québec, Soraya Martinez Ferrada et Bruno Marchand, appellent à «mettre le cap sur l’itinérance zéro», comme l’a fait avec succès la Finlande d’ailleurs.
Dans des publications sur les réseaux sociaux, le chef libéral Charles Milliard et son homologue péquiste Paul St-Pierre Plamondon ont répondu positivement à l’appel en acceptant, dans l’éventualité où ils sont élus au scrutin d’octobre, de convoquer tous les intervenants à un grand sommet.
Le gouvernement caquiste et les autres formations politiques, Québec solidaire et le Parti conservateur, n’avaient pas encore fait connaître leur réaction officielle.
À l’origine de ce mouvement, il y a l’ancienne première ministre Pauline Marois. Elle a relaté que l’ampleur de la crise l’a incitée à sortir de sa réserve, elle qui a une formation en travail social.
«Je suis indignée, scandalisée et ça m’atteint personnellement, des gens qui vivent dans la rue dans des conditions déplorables», a-t-elle déclaré au cours d’une entrevue avec La Presse Canadienne mercredi.
Au fil des consultations qu’elle a menées ces derniers mois, elle a constaté un manque de coordination dans les efforts de lutte à l’itinérance, malgré un grand nombre d’efforts et de réalisations tout à fait louables.
«Chacun fait sa propre politique», a-t-elle évoqué en donnant des exemples.
«À un moment donné, il y a un blocage pour obtenir une subvention, il y a un règlement mal écrit qui ne permet pas d’accompagner quelqu’un dans un logement à prix modique, il y a un territoire où les services en santé mentale sont insuffisants et on ne réussit pas à se coordonner entre institutions, etc.»
Le tenue d’un sommet permettrait notamment d’établir des consensus et de s’entendre sur des mesures concrètes, a-t-elle plaidé.
«Ça a toujours donné des résultats quand on assoit tout le monde autour d’une même table» au Québec, a fait valoir celle qui a pris part à de nombreuses reprises à des sommets au cours de sa carrière politique.
Quant à l’objectif d’itinérance zéro, Mme Marois estime que c’est tout à fait réalisable, mais refuse de s’avancer sur un échéancier.
«Ce serait prétentieux de ma part de vous dire qu’on pourrait y arriver, par exemple, dans trois ans, mais je crois que le travail de préparation nous menant au sommet devrait nous amener à fixer des échéances, à poser des gestes fermes pour y arriver.»
La lettre ouverte a été signée par un grand nombre de personnalités de divers horizons.
On compte notamment les anciennes ministres Michelle Courchesne et Marguerite Blais, l’ex-co-porte-parole de QS, Françoise David, le président du conseil d’administration de Cogeco, Louis Audet, le président de l’Université du Québec, Alexandre Cloutier, l’ancien président du Fonds de solidarité FTQ, Claude Blanchet, les présidentes de la FTQ et de la CSN, Magali Picard et Caroline Senneville.
Au dénombrement 2025 des personnes en situation d’itinérance, pas moins de 12 000 personnes ont été recensées partout au Québec.
La semaine dernière, le ministre responsable des Services sociaux, Lionel Carmant, a laissé entendre que les régions hors des grands centres qui sont touchées par l’itinérance allaient recevoir de l’aide dans «les plus brefs délais».
Selon les données officielles, cinq régions au Québec ont connu entre 2022 et 2025 une augmentation de l’itinérance de plus de 50 %.
Il s’agit de l’Abitibi-Témiscamingue (119 %), des Laurentides (74 %), de la Côte-Nord (65 %), de Laval (59 %) et du Saguenay–Lac-Saint-Jean (51 %).
Le gouvernement Fréchette avait annoncé récemment qu’il investissait 28 millions $ pour combattre l’itinérance en Outaouais, dans la Capitale-Nationale et à Montréal.
Selon M. Carmant, la hausse de l’itinérance est causée principalement par l’expulsion pour loyers impayés.
Son gouvernement a annoncé que 21 millions $ sur trois ans iront pour le Programme de supplément au loyer en prévention (PSLP) afin de financer un projet-pilote de 1000 unités de logement.
Un montant de 7 millions $ servira à mieux accompagner les personnes en situation d’itinérance qui vivent avec des troubles mentaux graves ou un trouble de dépendance via le programme PRISMD.
Le principe du PSLP est simple: lorsqu’une personne est à risque imminent de perdre son logement, ce dernier est converti en logement subventionné. La personne peut donc demeurer chez elle en ne consacrant que 25 % de son revenu au loyer.
La Finlande a été souvent citée en exemple comme modèle de lutte à l’itinérance, notamment par le maire de Québec, Bruno Marchand, qui s’en est inspiré en 2021 pour lancer à son tour sa proposition d’itinérance zéro pour la capitale.
Mis en place officiellement en 2008, le modèle finlandais, appelé Housing First en anglais («logement d’abord»), établit que la résolution des problèmes de santé d’un individu, dépendance, troubles mentaux, ne doit pas être une condition pour la fourniture d’un logement, mais plutôt que le logement est une condition qui permet de résoudre les autres problèmes d’un individu.
Il y avait plus de 20 000 personnes itinérantes dans ce pays nordique à la fin des années 1990, mais il n’y en avait plus qu’environ 3800 en 2024 qui n’avaient pas de toit permanent sur leur tête, selon des données du gouvernement finlandais fournies à La Presse Canadienne.

