Une enquête journalistique a mis au jour un mode opératoire effrayant utilisé pour piéger des jeunes et les transformer en passeurs de drogue sans qu’ils s’en rendent compte.
Quatre Canadiens ont été arrêtés à Hong Kong au cours des quatre derniers mois, transportant au total près de 100 kg de cocaïne dans leurs valises enregistrées, après être arrivés dans le pays sur des vols différents.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News. Ceci est la deuxième partie d’une enquête de W5.
L’une d’entre elles, Jade, alors âgée de 19 ans et originaire de Cambridge, en Ontario, avait laissé son compte Instagram connecté avant d’embarquer sur ce vol fatidique, révélant ainsi les détails de la façon dont elle avait été recrutée pour ce qu’elle pensait être un emploi légitime.
Le stratagème
À l’intérieur de l’ordinateur portable que l’adolescente a laissé derrière elle, W5 a trouvé une feuille de route numérique qui dévoile le processus de manipulation étape par étape. En seulement trois semaines, Jade est passée de la réponse à une annonce d’emploi à la détention à Hong Kong, accusée d’avoir introduit 25 kg de cocaïne dans le pays.
Le compte Instagram de Jade suggère qu’elle pensait avoir été embauchée pour un emploi légitime en tant que «transportrice internationale de colis», avec un salaire de 5000$ par voyage.

Son recruteur lui a envoyé un message texte: «Nous prenons en charge vos vols, votre hébergement et vos repas.»
Les seules exigences du poste étaient les suivantes: un échange montre que le recruteur proposait une prime de parrainage de «250$ par personne» si Jade parvenait à trouver d’autres personnes pour «rejoindre l’équipe».
- Avoir plus de 18 ans
- N’avoir aucun casier judiciaire
- Posséder un passeport valide

Les conversations révèlent les nombreuses tentatives de Jade pour s’assurer qu’elle ne faisait rien d’illégal ou de dangereux.
«Comment puis-je savoir que je ne vais pas être kidnappée et réduite en esclavage?», a demandé Jade.
La réponse? «Oh mon Dieu, bien sûr que non. J’ai moi-même 19 ans et je ne mettrais JAMAIS quelqu’un en danger comme ça», disait le message. «J’envoie tous mes potes les plus proches et j’ai même envoyé ma meilleure amie. C’est purement professionnel.»

Jade était tellement novice en matière de voyages en avion que son recruteur a dû lui expliquer que la nourriture était gratuite sur son vol international.
«Former une boule de neige et la lancer en enfer»
La mère de Jade, Naderia, qualifie la lecture des conversations avec le recruteur de «révoltante».
«Il forme une boule de neige et la lance en enfer», a-t-elle dit.
Un deuxième Canadien emprisonné à Hong Kong est originaire de la même région du sud-ouest de l’Ontario que Jade. Omar, 21 ans, affirme avoir été attiré par des connaissances qui lui ont dit que de nombreux autres jeunes avaient fait le voyage et que c’était tout à fait légal.
D’après des entretiens menés en prison avec chacun des quatre Canadiens, qui ne se connaissent pas au Canada, il apparaît qu’ils ont été attirés par le même réseau.

Ils ont tous donné le même nom pour le «grand patron», un homme qui ne communique que par des applications de messagerie cryptées, dont le pseudonyme est simplement un point et qui se fait appeler DOT.
Ils ont tous voyagé sur la même compagnie aérienne, ont été logés dans le même hôtel à Hong Kong, ont reçu l’ordre de se présenter toutes les deux minutes après l’atterrissage et ont dû utiliser les numéros de série des billets de banque comme mot de passe pour récupérer et livrer leur cargaison.
Pourquoi Hong Kong?
La demande de cocaïne est énorme à Hong Kong, où c’est la drogue de prédilection des nantis. Le prix de la cocaïne est d’environ 200$ le gramme, soit plus du double de ce qu’elle coûte habituellement au Canada.
Les peines pour trafic de drogue sont sévères à Hong Kong. À moins que les quatre Canadiens ne puissent prouver qu’ils ignoraient la nature de la marchandise de contrebande, ils risquent la prison à vie.


