Une enquête journalistique a mis au jour un réseau criminel international recrutant des Canadiens, y compris de très jeunes adultes, pour transporter de grandes quantités de cocaïne à Hong Kong.
En quatre mois, quatre Canadiens arrivant sur des vols distincts ont été arrêtés à l’aéroport international de Hong Kong avec un total de près de 100 kg de cocaïne dans leurs valises.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News. Ceci est la première partie d’une enquête de W5.
Le cas de Jade
Jade, alors âgée de 19 ans et originaire de Cambridge, en Ontario, a été placée en détention à Hong Kong en septembre 2025 après que des agents des douanes ont découvert la quantité stupéfiante de 25 kg de cocaïne dans sa valise enregistrée.
La nouvelle a coupé le souffle de la mère de Jade, Naderia.

Son père, Gary, se souvient que Jade lui avait annoncé qu’elle avait décroché un nouvel emploi comme coursière internationale. «Elle est venue me voir et m’a dit: “Papa, j’ai trouvé un nouveau travail”», a-t-il raconté à W5 et CTV News. «Elle était enthousiaste. En tant que père, je suis rongé par la culpabilité. Pourquoi n’ai-je pas cherché à en savoir plus? Pourquoi n’ai-je pas posé davantage de questions?»
Quatre Canadiens, un même schéma
Jade est l’une des quatre Canadiens arrêtés à Hong Kong. Aucun des Canadiens emprisonnés ne se connaît au Canada. Mais les deux plus jeunes, Jade et Omar, qui ont eu 20 et 21 ans pendant leur incarcération, sont tous deux originaires de la même région de l’Ontario. Les deux autres sont plus âgés et viennent de la région du Grand Toronto.
Le père John Wotherspoon, aumônier de prison et défenseur des détenus étrangers à Hong Kong, affirme que ces cas présentent des similitudes frappantes et ne représentent probablement que «la partie émergée de l’iceberg».
«Il doit manifestement y avoir un lien. […] Si nous en connaissons quatre, il y en a probablement une douzaine d’autres dont nous n’avons pas connaissance», a-t-il dit.

Des histoires liées, un même nom
Au cours de brèves visites de 15 minutes en prison, les similitudes entre les récits des détenus sont apparues clairement.
Tous les quatre ont utilisé le même nom pour désigner le chef du réseau: une personne qui se fait appeler «Dot» et se présente en ligne sous la forme d’un point.
Les victimes et les sources affirment que le réseau dit Dot recrute activement des jeunes dans la région de Kitchener-Waterloo malgré les arrestations à Hong Kong.

Menaces et intimidation
L’équipe de W5 a parlé à deux personnes qui devaient effectuer une livraison mais qui n’ont pas donné suite.
Ces deux individus ont affirmé que Dot leur avait envoyé des messages menaçants via une application de messagerie cryptée, les menaçant de mort si elles ne trouvaient pas d’autres personnes pour les remplacer.
«Dot menaçait aussi de me tuer et de mitrailler ma maison», a confié Lee, dont l’identité est gardée anonyme pour préserver sa sécurité.
Lee affirme connaître des dizaines de jeunes qui se sont rendus à Hong Kong, convaincus qu’ils effectuaient des livraisons tout à fait légales.
«J’ai entendu des récits et vu des photos de personnes qui disaient l’avoir fait, et elles ont montré des photos d’elles à Hong Kong», a-t-il dit.
Réaction de la police
Le sergent-chef Ian Young, de la police régionale de Waterloo et qui dirige la brigade des stupéfiants, confirme que les enquêteurs examinent des cas de recrutement via les réseaux sociaux pour le trafic à l’étranger.
«Nous sommes conscients d’une tendance selon laquelle certaines personnes sont recrutées via les réseaux sociaux pour transporter de la drogue vers d’autres pays», a-t-il affirmé.

M. Young a qualifié l’enquête de «dossier hautement prioritaire» impliquant la GRC et les Services frontaliers du Canada, et a averti que de telles offres exploitent souvent «l’innocence et la confiance des gens».
«Il est évidemment préoccupant qu’un réseau de personnes opère dans notre région. Une opportunité qui peut sembler en or n’en est peut-être pas une», a-t-il soutenu.
Des défenseurs à Hong Kong avertissent qu’il ne s’agit pas d’un phénomène isolé. Le père John Wotherspoon et des juristes soulignent qu’il est difficile de démanteler ce réseau car les cerveaux ne touchent jamais à la drogue et les communications sont systématiquement effacées.


