Il faut revoir les formations universitaires et les programmes de requalification des travailleurs pour s’adapter aux bouleversements liés à l’intelligence artificielle (IA), plaide le Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec (RJCCQ).
«Il est vraiment urgent d’évaluer les besoins futurs du marché du travail et de s’assurer qu’on forme ou requalifie les personnes qui sont liées à un emploi à haut risque de remplacement», insiste le PDG du RJCCQ, Pierre Graff, en entrevue.
L’organisme qui représente les jeunes professionnels et entrepreneurs parle d’une «urgence d’agir» dans son mémoire sur l’IA et le travail, publié mercredi.
Près de 810 000 travailleurs québécois exercent un métier vulnérable, souligne le RJCCQ, qui reprend une estimation de l’Institut du Québec.
L’effet se fait déjà sentir, tandis qu’on observe une hausse du taux de chômage chez les jeunes ayant un diplôme universitaire. «La porte d’entrée sur le marché du travail se rétrécit», déplore M. Graff.
De nombreuses tâches plus simples généralement effectuées par les travailleurs qui font leurs premiers pas dans le monde professionnel «deviennent moins nécessaires ou sont automatisées» grâce à l’IA.
Les postes d’entrée qui servent de tremplin aux jeunes pour développer leurs compétences se raréfient.
Formation à revoir
Or, les jeunes sont encore formés comme si l’IA n’allait pas bouleverser le monde du travail, juge M. Graff.
«On a des gens qui sont aux études postsecondaires et qui sont toujours en train d’être formés pour ce type de postes (vulnérables), et donc pour lesquels il n’y a pas de débouché», s’inquiète-t-il.
Le RCCJQ souhaite que les universités et le gouvernement fassent une révision des référentiels de compétences des baccalauréats dans les secteurs les plus exposés, comme la finance, le droit, le marketing, l’administration et les technologies d’information afin de faire des ajustements d’ici 2027.
L’idée n’est pas de donner des cours sur l’IA, mais de transmettre des compétences de travail nécessaires, nuance le PDG du RCCJQ. «Je donne souvent en exemple l’esprit critique, indique-t-il. (…) Ça va prendre de plus en plus de place. Il faut que les gens soient capables de réfléchir.»
Le gouvernement doit aussi revoir son approche pour aider les jeunes à se requalifier. Les précédents programmes n’ont pas toujours atteint leurs objectifs, selon M. Graff.
Il cite en exemple les formations accélérées et rémunérées en construction, qui ont finalement été abandonnées par Québec. Le gouvernement offrait une allocation de 750 $ par semaine pour suivre ces formations.
Un peu moins de la moitié des étudiants qui ont suivi les formations ont intégré le marché du travail, a rapporté Le Journal de Montréal l’automne dernier.
«Il faut évidemment requalifier vers des emplois qui ne vont pas disparaître ou ne pas former dans le beurre, insiste M. Graff. Il faut être certain des débouchés, mais il faut aussi que ce soit contraignant.»
L’entrepreneuriat pourrait aussi être une avenue intéressante pour les jeunes, tandis que de nombreux entrepreneurs d’expérience sont prêts à passer le flambeau.
Le nombre d’entrepreneurs diminue au Québec depuis 1992, selon les données de Statistique Canada citées dans un portrait de l’entrepreneuriat réalisé par le gouvernement du Québec.
«Je me bats au quotidien pour être capable de valoriser l’entrepreneuriat comme étant une carrière à part entière, affirme M. Graff. Dans un monde où certains emplois vont tendre à disparaître, une manière intéressante de requalifier est justement de travailler la vocation entrepreneuriale.»
Freiner l’adoption de l’IA pour préserver les emplois serait toutefois une mauvaise idée, selon lui. «Toutes les économies qui ont freiné l’adoption d’une technologie ont subi des destructions d’emplois sans bénéficier des gains de productivité», prévient-il.
Malgré les nuages à l’horizon, il reste des raisons d’être optimiste quant à l’IA, ajoute-t-il. Les précédents changements technologiques ont aussi créé de nouveaux emplois et ce pourrait être également le cas avec l’IA. «Il y a beaucoup d’emplois qu’on n’est pas capable d’imaginer aujourd’hui parce qu’on ne les a pas encore.»
«Si on est capable institutionnellement de se revirer rapidement (avec les formations), on sera capable justement de former plus rapidement les gens pour qu’ils intègrent le marché du travail», espère-t-il.

