Le premier ministre Mark Carney a reconnu que l’industrie automobile canadienne faisait face à des «défis» en raison des droits de douane américains. Ses commentaires interviennent alors qu’un média japonais rapporte que Honda suspend pour une durée indéterminée son projet de construction d’une usine de véhicules électriques de 15 milliards de dollars en Ontario.
«Les droits de douane américains, injustifiés dans le secteur automobile, posent des défis », a déclaré M. Carney aux journalistes mercredi matin à Ottawa. «Nous continuerons de travailler avec les entreprises du secteur, en les aidant à se repositionner, à réinvestir et en soutenant les travailleurs de ce secteur. Nous continuerons de faire ce qui est nécessaire, y compris conclure un accord favorable aux intérêts du Canada.»
M. Carney n’a pas mentionné Honda spécifiquement.
Mardi, Nikkei Asia a rapporté que la faiblesse de la demande américaine poussait le constructeur automobile japonais «à placer les véhicules hybrides au centre de sa stratégie nord-américaine».
En mai 2025, Honda a annoncé qu’elle reporterait le projet de deux ans, le directeur général de Honda, Toshihiro Mibe, affirmant que l’entreprise examinerait l’état du marché des véhicules électriques avant de décider de poursuivre ou non le projet.
S’adressant mercredi à l’émission Your Morning de CTV, le ministre des Finances François-Philippe Champagne n’a pas confirmé cette information, mais a dit qu’il «semblait y avoir un retard» dans la transition vers les véhicules électriques à l’échelle mondiale.
«Le mot d’ordre est “attendre”. Ce n’est pas propre au Canada. ... Si vous regardez ce qui se passe en Europe, ce qui se passe aussi aux États-Unis», a affirmé M. Champagne.
«C’est simplement que le marché a évolué. Si vous me demandez mon avis, il a un peu évolué à cause des politiques adoptées au sud de la frontière.»
— François-Philippe Champagne, ministre fédéral des Finances
Dans une déclaration à CTV News, le cabinet de la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a indiqué que le secteur automobile mondial connaissait des « changements importants ».
«Les droits de douane américains et les changements apportés aux politiques intérieures des États-Unis exercent de réelles pressions sur les constructeurs automobiles, ce qui pousse certains à retarder ou à réduire leurs investissements dans des projets liés aux véhicules électriques et aux batteries», peut-on lire dans la déclaration.
«Le Canada continuera de soutenir et de protéger les installations automobiles existantes en atténuant les pressions tarifaires et en soutenant la production de véhicules écoénergétiques, tout en positionnant le secteur pour une croissance à long terme, une résilience et une compétitivité mondiale», a ajouté le bureau de Mme Joly.
Honda Canada, quant à elle, a soutenu à CTV News que la société n’avait «rien à signaler pour le moment».
S’adressant aux journalistes à Mirabel, au Québec, mercredi — à la suite de l’annonce selon laquelle Airbus Canada a conclu un accord avec AirAsia pour lui vendre 150 avions A220 de fabrication canadienne — M. Carney a souligné que Honda n’avait pas officialisé d’information concernant une pause.
«Nous sommes en contact permanent avec tous les grands constructeurs automobiles […] qui produisent actuellement au Canada ou qui pourraient le faire, y compris Honda, et nous sommes donc en discussion constante avec eux», a indiqué M. Carney.
Karim Bardeesy, secrétaire parlementaire de Mme Joly, a également dit mercredi à l’émission Power Play de CTV que la ministre était en contact avec Honda ce jour-là.
«Ce qui se passe, c’est qu’ils nous font savoir qu’ils communiqueront bientôt publiquement leurs plans à moyen et long terme», a précisé M. Bardeesy.
L’usine Honda devait entrer en service dès 2028.
Les conservateurs critiquent la stratégie automobile des libéraux
Un certain nombre de députés conservateurs affirment que l’une des sources du problème réside dans la stratégie automobile du gouvernement fédéral, qui visait à faire du Canada une plaque tournante mondiale pour les véhicules électriques.
«La demande du marché n’est pas au rendez-vous et ces constructeurs choisissent de retarder ou de ralentir leur production de véhicules électriques», a déclaré Adam Chambers, porte-parole conservateur en matière de commerce international. «Mais ils ont délocalisé la fabrication de véhicules traditionnels hors du Canada pour faire de la place à la production de véhicules électriques, parce que le gouvernement a mis beaucoup de subventions sur la table.»
Kyle Seeback, porte-parole conservateur en matière de travail, a déploré l’absence générale de progrès dans les négociations entre le Canada et les États-Unis concernant la suppression des droits de douane punitifs sur l’acier, l’aluminium et le cuivre canadiens. Les droits de douane au titre de l’article 232 ont été augmentés le 6 avril, passant à 50 % de la valeur en douane totale des articles fabriqués entièrement ou presque entièrement à partir de ces métaux.
«J’ai tenté d’obtenir une réponse de l’ambassadeur [Mark] Wiseman à ce sujet. Il a refusé de dire quand ils avaient eu pour la dernière fois une réunion officielle et échangé des propositions sur les droits de douane », a déclaré M. Seeback. « Les libéraux, M. Carney, les ministres, ils doivent expliquer aux Canadiens pourquoi la stratégie du report vaut la peine que toutes ces personnes perdent leur emploi et que toutes ces usines et autres installations ferment. »
L’absence d’incitatifs américains est à blâmer, selon une association
Le président de l’Association des fabricants de pièces automobiles, Flavio Volpe, estime que le facteur le plus important dans la décision rapportée de Honda est la décision de l’administration Trump de supprimer tous les crédits d’impôt et incitatifs fédéraux pour les véhicules électriques en 2025.
«Il s’agit en réalité du fait que les Américains vident le marché des véhicules électriques de sa substance et que Honda avait prévu de desservir cet immense marché à partir d’ici», a indiqué M. Volpe à CTV News.
Il ajoute que si Honda ne donne pas suite à son projet de 15 milliards de dollars pour l’usine de véhicules électriques et de batteries à Alliston, en Ontario, cela n’aura pas d’incidence sur sa présence actuelle au Canada.
«Au Canada, ils fabriquent 400 000 voitures par année et disposent d’une chaîne d’approvisionnement très solide. C’est ce potentiel de croissance, sur lequel nous voulions tous miser, qui est suspendu pour une durée indéterminée», a exprimé M. Volpe.
L’accès au marché américain est essentiel pour les investissements japonais
Lors d’une entrevue accordée en février à l’émission Question Period de CTV, l’ambassadeur du Japon au Canada, Kanji Yamanouchi, a affirmé que le maintien de l’accès au marché américain, tel que prévu par l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), est essentiel pour les investissements japonais actuels et potentiels dans la fabrication automobile au Canada.
«Toutes ces voitures fabriquées au Canada sont bien sûr vendues au Canada, mais elles sont également exportées vers le marché américain», avait déclaré M. Yamanouchi à l’époque. «(Pour) les entreprises privées, cela signifie qu’elles doivent faire leurs calculs pour augmenter leurs profits. L’ACEUM est donc un élément très important de ces calculs.»
CTV News a contacté l’ambassade du Japon pour obtenir une réaction, mais celle-ci a refusé de commenter pour le moment.
Avec des informations de Brennan MacDonald pour CTV News et La Presse canadienne


