Cette année, pour la Saint-Valentin, le rétro revient à la mode pour certains tourtereaux, même pour les bijoux.
Plusieurs bijoutiers témoignent que leurs clients se tournent de plus en plus vers les pièces d’occasion, car ils souhaitent acheter quelque chose qui n’est pas accessible facilement et qui ne nuit pas à l’environnement.
Le fait que ces bijoux d’occasion soient souvent plus abordables que les neufs est un avantage supplémentaire, surtout dans le contexte où les prix de l’or et de l’argent atteignent des sommets.
«Les clients sont très au courant que le prix de l’or est exorbitant», confirme Lindsay Appotive, qui est copropriétaire de la bijouterie True Bijoux à Ottawa.
«Moi-même, je suis choquée par les prix. Je pense que nous essayons tous de nous adapter à cette situation folle.»
Certains bijoux d’occasion ne sont en circulation que depuis quelques années, mais d’autres remontent à des décennies, voire des siècles.
L’industrie de la joaillerie n’a pas de définitions standard, mais Mme Appotive considère que tout ce qui a plus de 20 ans est «vintage» et que tout ce qui a plus de 100 ans est «antique».
Les bijoux «vintages» sont habituellement plus abordables que les «antiques», puisque ces derniers sont plus difficiles à trouver, selon Mme Appotive.
Hausse des prix
Chez True Bijoux, les bijoux «vintages» sont vendus à environ la moitié du prix de leur équivalent neuf. Par exemple, une bague d’occasion en or blanc 18 carats, sertie d’un saphir ovale et de diamants, coûte 7995 $ au lieu de 16 000 $.
C’est une économie intéressante à tout moment de l’année, mais elle l’est encore plus présentement, alors que le cours de l’or oscille autour de 5000 $ l’once, juste avant la Saint-Valentin.
Le cours de l’or s’est maintenu entre 1000 $ et 2000 $ pendant les 15 années qui ont précédé 2024, année lors de laquelle il a commencé à monter en flèche. La hausse s’est accentuée depuis l’investiture du président américain, Donald Trump, il y a un an.
Par effet d’entraînement, l’argent n’a pas été épargné. Son prix a récemment dépassé pour la première fois le seuil des 100 $ l’once, mais il est depuis redescendu à environ 82 $.
En réponse, de nombreux bijoutiers ont augmenté leurs prix.
À la recherche d’options
Selon Mme Appotive, certains couples font leurs achats à l’avance, parce qu’ils craignent que la hausse des prix se poursuive. True Bijoux ne peut garantir ses prix que pendant environ dix jours, «parce que le marché est tellement fou».
«Nous avons beaucoup de couples qui se marient en 2027 et qui ont tellement peur du prix de l’or qu’ils nous versent des acomptes et paient au fil du temps», mentionne-t-elle.
Avec des prix aussi élevés, certains clients se tournent vers des options plus économiques, comme les diamants synthétiques, l’or de moindre pureté, les pièces plus fines ou les bijoux fabriqués à partir d’alliages métalliques.
D’autres optent pour le rétro, car les pièces d’occasion ne se trouvent pas dans toutes les vitrines et ont donc un caractère unique, explique Emeline Calpetard, responsable marketing et marque chez le joaillier 100 Ways de Vancouver.
Or, même s’ils restent moins chers que les bijoux neufs, les bijoux d’occasion ont aussi vu leurs prix augmenter.
Angie Gardner peut en témoigner. Cette Torontoise a acheté au moins cinq bagues, plusieurs paires de boucles d’oreilles et un pendentif auprès de bijoutiers en ligne qui se spécialisent dans le seconde main au cours des six dernières années.
La plupart des pièces sont en or 10 carats avec de grosses pierres. Les bagues lui coûtent généralement 300 $. Elle a vu des articles similaires vendus plus de 700 $ par la chaîne de bijouterie canadienne Mejuri lorsqu’ils étaient neufs.
Même si elle a récemment réduit ses achats en raison de la hausse des prix, elle admet que les économies sont parfois si alléchantes qu’il est difficile de résister à la tentation.
«Je dois juste détourner le regard», dit-elle le sourire en coin.
Coûts environnementaux
Les bijoutiers affirment que la plupart des personnes qui se procurent des pièces rétro les achètent pour elles-mêmes. Cependant, il n’est pas rare que des personnes souhaitant offrir un cadeau les choisissent aussi, en particulier lorsqu’elles savent que l’histoire ou le style du bijou plaira à la personne qui le recevra.
Les clients de 100 Ways choisissent aussi d’acheter des bijoux d’occasion parce qu’ils ne veulent pas contribuer aux coûts environnementaux et de main-d’œuvre liés à l’extraction des diamants ou des métaux qui entrent dans la fabrication des nouvelles pièces.
«Il y a donc cet aspect d’économie circulaire, mais aussi la beauté de posséder un objet qui a été porté par quelqu’un d’autre», explique Mme Calpetard.
«Il y a une histoire derrière chaque bijou.»

