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Décision du TAL en sa faveur: une locataire attend ses dommages et intérêts depuis trois ans

Une locataire attend toujours la somme de 3000$ qui lui a été accordée par le TAL dans un dossier contre la propriétaire de son immeuble.

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Judy Judy Mrenica (CTV News Montreal)

Une locataire montréalaise dénonce la longue attente pour recevoir les dommages-intérêts accordés par le Tribunal administratif du logement (TAL, à la suite d’une décision rendue contre son ancienne propriétaire, Magali Cuvillier.

Judy Mrenica a décidé de partager son histoire après qu’une enquête de CTV News a révélé qu’un certain nombre d’anciens locataires de Mme Cuvillier affirmaient avoir eu des expériences négatives avec elle, qui les avaient amenés à quitter leur appartement.

Ce texte est une traduction d’un contenu de CTV News.

En juin 2020, au plus fort de la pandémie de COVID, Mme Mrenica a indiqué avoir sauté sur l’occasion d’emménager dans un appartement de deux chambres situé au 4010, rue Evangeline, à Verdun.

«Peu de gens déménageaient en raison de la pandémie, alors j'ai saisi l'occasion.»
– Judy Mrenica

En février 2022, alors qu’elle payait 866 dollars par mois de loyer, l’immeuble a été vendu à investisseuse immobilière Magali Cuvillier.

Selon Mme Mrenica, Mme Cuvillier a immédiatement commencé à imposer de nouvelles règles et à tenter d’augmenter considérablement le loyer, ce à quoi Mme Mrenica s’est opposée.

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«Vous ne pouvez pas simplement arriver ici et augmenter le loyer de 200 dollars», a soutenu Mme Mrenica, soulignant que les conditions du bail qu’elle avait déjà signé étaient encore valables pour quelques mois.

Conformément aux conditions de son bail initial, Mme Mrenica payait son loyer à son ancien propriétaire par virement Interac. Mme Cuvillier voulait que le loyer soit prélevé automatiquement chaque mois sur le compte bancaire de Mme Mrenica.

Mme Mrenica affirme que Mme Cuvillier a exercé une pression constante sur elle pour qu’elle accepte de changer de mode de paiement du loyer afin de pouvoir rester dans son appartement. Elle a également déclaré que Mme Cuvillier lui envoyait sans cesse des SMS pour la menacer d’expulsion. Mme Mrenica a donc décidé de bloquer la fonction SMS de son téléphone portable.

Lorsqu’elle a tenté de payer son loyer en faisant un virement Interac, Mme Mrenica affirme que Mme Cuvillier a refusé d’accepter le paiement.

«Elle voulait ce qu'elle voulait avec tout le monde. Me faire partir.»
- Judy Mrenica

Moins d’un mois après la reprise de l’immeuble, Mme Mrenica a décidé qu’elle devait trouver un autre appartement.

«Si j’étais restée, elle aurait fait de ma vie un véritable enfer. Je l’entendais frapper à la porte des autres résidents, exiger des signatures, leur crier dessus», a expliqué Mme Mrenica.

«D’après mon expérience, si la phase de lune de miel est difficile, je ne m’attarde pas. Je pars», a-t-elle ajouté.

Décision du Tribunal administratif du logement

En mars 2022, Mme Mrenica a déposé une plainte auprès du Tribunal administratif du logement contre la société numérotée de Mme Cuvillier, alléguant du harcèlement et le refus d’accepter son mode de paiement. Le juge a statué en faveur de Mme Mrenica, concluant que Mme Cuvillier l’avait harcelée et « avait violé de manière persistante les droits de la locataire, dans le but de la faire quitter le logement ».

Mme Cuvillier a été condamnée à verser 3000 dollars de dommages et intérêts, mais Mme Mrenica n’a toujours pas reçu la somme qui lui a été accordée.

Contactée par CTV News, Mme Cuvillier a refusé d’être interviewée devant la caméra. Dans un courriel, elle a affirmé que Mme Mrenica était injoignable.

«Mme Mrenica n’a jamais fourni d’adresse électronique, rendant toute communication électronique impossible. Elle a bloqué les communications téléphoniques», a écrit Mme Cuvillier.

Mme Cuvillier a joint une capture d’écran d’un texto groupé daté du 1er mars 2022 dans lequel Mme Mrenica écrivait que la fonction SMS de son téléphone portable serait désactivée.

«Après avoir quitté l’appartement sans laisser d’adresse de réexpédition, il était impossible de lui envoyer un chèque. Lorsque je me suis rendu en personne au TAL pour effectuer le paiement, on m’a informé que le TAL n’acceptait pas ce type de transaction», a ajouté M. Cuvillier.

À la suite de ce courriel, l’avocat de Mme Cuvillier a contacté CTV News, demandant à être mis en relation avec Mme Mrenica afin de «régler la question financière du jugement».

Mme Mrenica a indiqué que le problème aurait dû être réglé beaucoup plus tôt. Elle a également souligné que, bien qu’elle ait temporairement désactivé les SMS sur son téléphone portable, elle continuait d’accepter les appels, tant sur son portable que sur sa ligne fixe. Elle a ajouté que les deux numéros de téléphone figuraient dans les documents qu’elle avait déposés auprès du TAL et étaient à la disposition de Mme Cuvillier.

«Si elle avait voulu se montrer honnête, elle m’aurait payée sans que j’aie à la poursuivre», a exprimé Mme Mrenica.

Mme Cuvillier réfute la version des faits de Mme Mrenica.

«Je n’ai jamais refusé d’effectuer le paiement. Mme Mrenica avait tous les moyens de me contacter, ce qu’elle n’a jamais fait», a écrit Mme Cuvillier.

Réaction de la mairesse de Verdun

La mairesse de l’arrondissement de Verdun, Marie-Andrée Mauger, a indiqué qu’elle ne connaissait que trop bien les histoires comme celle de Mme Mrenica.

«Malheureusement, le cas de Magali Cuvillier n’est pas le seul dans l’arrondissement de Verdun, ni à Montréal», a affirmé Mme Mauger.

«Depuis que je suis mairesse de Verdun, je constate que certaines personnes ont pour occupation principale de rénover des immeubles et d’expulser des locataires. Mais certains locataires vivent dans ces logements depuis 10, 20, voire 30 ans. Ils n’ont pas cherché d’appartement depuis tant d’années, et les choses ont tellement changé qu’ils ne connaissent pas leurs droits», a-t-elle ajouté.

«Le rapport de force entre [les propriétaires et les locataires] est très déséquilibré. De plus, les propriétaires de mauvaise foi peuvent dire tout ce qu’ils veulent aux locataires.»

MISE À JOUR | 27 février 2026: Judy Mrenica a confirmé à CTV News avoir reçu un chèque de 3 503,01 $ à la fin du mois de décembre 2025.

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