MONTRÉAL — Le gouvernement du Québec a annoncé, mardi, «la désignation légale d’un nouvel habitat faunique» pour la rainette faux-grillon de l’Ouest dans les régions de la Montérégie et de l’Outaouais.
À partir du 1er janvier 2026, l’habitat faunique de la rainette faux-grillon de l’Ouest serait officiellement protégé en terres publiques en Montérégie et en Outaouais, selon le communiqué publié par le ministère de l’Environnement.
«Quand il s’agit de protéger notre biodiversité, toutes les espèces sont importantes, même les plus petites, comme la rainette faux-grillon de l’Ouest. Malgré les efforts déployés, ses populations continuent de décliner. Il est donc devenu nécessaire d’agir davantage, comme nous le faisons aujourd’hui en protégeant légalement son habitat en territoire public», a indiqué le ministre de l’Environnement, Bernard Drainville.
Un petit pas en avant
La protection des habitats de la rainette faux-grillon en terres publiques est un « important pas en avant», mais «il faut rappeler que la majorité des occurrences de l’espèce se trouve en terres privées», a réagi le biologiste Alain Branchaud.
«La modernisation de Règlement sur les habitats fauniques, attendue depuis plus de dix ans, demeure nécessaire pour assurer la survie de la rainette faux-grillon et d’autres espèces fauniques menacées qui sont actuellement privées d’un outil de protection adapté aux terres privées», a ajouté le directeur de la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec).
Selon le biologiste, le gouvernement se prive d’un outil essentiel pour protéger la biodiversité «en repoussant aux calendes grecques la modernisation de la désuète Loi sur les espèces menacées ou vulnérables de 1989».
Le ministère de l’Environnement estime que la désignation annoncée mardi ajoute 7,45 % d’hectares protégés pour l’habitat de la rainette faux-grillon, «ce qui montera le pourcentage des habitats protégés à 28,45 %».
La rainette faux-grillon de l’Ouest, un petit amphibien qui mesure en moyenne 2,5 cm, se reproduit dans de petites zones humides souvent temporaires qui sont de plus en plus menacées par l’agriculture et l’étalement urbain.
Dans le communiqué publié mardi, le gouvernement indique que le projet de désignation d’habitat de l’amphibien a été développé en collaboration avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), la Fédération de l’Union des producteurs agricoles de la Montérégie (UPA Montérégie), Hydro-Québec, de même que le ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD).
Canari dans la mine
Si la rainette faux-grillon fait les manchettes depuis des décennies et si elle est si importante aux yeux des biologistes, c’est qu’elle est une sorte de canari dans la mine des milieux humides.
Lorsqu’elle disparaît d’un milieu humide, c’est souvent le signe pour les biologistes que l’écosystème n’est plus en santé.
Au Québec, où la rainette faux-grillon est classée comme espèce vulnérable, sa population a diminué à un rythme estimé à 37 % par décennie depuis les années 1950. Elle ne vit plus que dans près de 10 % de son ancienne aire de répartition.
La perte rapide d’habitat est considérée comme la principale cause du déclin de la population, mais le changement climatique aggrave cette menace.
Stéphane Blais, La Presse Canadienne

