Quand le principal employeur d’un village doit fermer temporairement ses portes, c’est une catastrophe humaine et économique. C’est ce qu’il se passe à Saint-Michel-des-Saints, dans Lanaudière, en raison des tarifs sur le bois d’œuvre imposés par Donald Trump.
Mais la petite communauté n’entend pas se laisser faire.
Regardez Un village face à Trump, septième épisode de la série documentaire Entre les lignes diffusée sur Crave.
Commotion
Remontons à août 2025. Ce mois a traumatisé le petit village situé au bout de la route 131.
En raison des tarifs de Trump, la scierie de Saint-Michel-des-Saints doit temporairement suspendre ses activités.
Quelque 250 employés se retrouvent au chômage. Presque toutes les familles du village de 2000 personnes encaissent le coup.
C’est la consternation.
«Il n’y a pas de bonne façon de fermer une usine. C’est dans le village où je suis né. Je connais tout le monde ici», confie Jean-François Champoux, président-directeur général de la scierie.
«Je n’aime pas dire que c’est une usine fantôme. C’est une usine en pause, mais la partie n’est pas terminée.»
— Jean-François Champoux, PDG de la scierie de Saint-Michel-des-Saints

Le temps est suspendu dans l’usine. Les lieux sont déserts, les casiers remplis d’objets personnels des employés. La vie est mise sur pause à l’intérieure de cette usine qui est pourtant l’une des plus productives sur le continent.
«Quand on construit une usine, ce n’est pas pour l’arrêter. Mais avec des tarifs de 45%, on ne pouvait pas continuer. On a fermé l’usine pour la sauver dans le long terme», affirme M. Champoux.
En 2025, Trump a torpillé l’industrie forestière québécoise à deux reprises: une première fois avec une surtaxe de 25%, la seconde avec un tarif de 10%.
Une proportion de 60% de la production de la scierie de Saint-Michel-des-Saints était destinée au marché américain. La petite communauté est à l’image des 150 autres villages québécois qui dépendent de l’industrie forestière pour survivre.
Mario Venne, qui a été élu maire du village à l’automne, s’est retrouvé avec tout un casse-tête devant lui.
«La scierie, c’est la base du village. La scierie, c’est Saint-Michel! C’est dramatique, sa fermeture temporaire. Mais en attendant. les gens se sont trouvés d’autres boulots», confie-t-il.
Le premier magistrat se montre néanmoins résilient. «On est puissant avec notre bois. On va tenir le coup. Dans le pire des cas, on peut tenir quatre ans, mais on a d’autres projets dans notre poche!», lance-t-il fièrement.

Le maire amène l’équipe d’Entre les lignes sur le site d’un méga projet de mine de graphite sous l’égide de l’entreprise Nouveau Monde graphite. Ce minéral précieux est essentiel pour construire des batteries pour des voitures électriques. Le gisement intéresse même Panasonic, ce géant mondial de l’électronique.
«Cette mine peut amener des centaines d’emplois, on ne dépendra plus seulement des produits forestiers. Le bois nous a toujours fait vivre, mais d’avoir le graphite va nous aider aussi», lance le maire.
En mars, la mine a signé une entente avec Exportation et développement Canada et la Banque de l’infrastructure du Canada, permettant un emprunt garanti de 459 millions de dollars.
La mine est vue comme un lieu stratégique permettant de solidifier les chaînes d’approvisionnement nationales et un fournisseur de confiance de minéraux critiques.
«Si Trump veut nous détruire, il va devoir s’y prendre d’une autre manière, car il ne réussira pas», déclare le maire.
Des citoyens préoccupés
Certains citoyens s’inquiètent des conséquences environnementales de la mine alors que des groupes autochtones de la région espèrent pouvoir profiter de la manne économique de ce projet.
Mais la scierie de Saint-Michel-des-Saints est aussi en train de se réinventer. Elle est en train de diversifier ses produits. Elle a notamment lancé des granules de bois qui sont présentement vendues en Europe pour alimenter des fours à pizza italiens.
«Peut-être bien que dans 15 ans on va se dire qu’il nous a réveillés, qu’on a changé l’économie, puis on sera gagnant. Ou il aura tout détruit. Je crois que lorsqu’il partira, on sera en meilleure position», selon M. Champoux
Signe de l’optimisme qui habite les citoyens du village: le bar Le Central fermé depuis plusieurs mois vient de rouvrir ses portes. Ses propriétaires sont persuadés que le village rebondira et qu’ils en profiteront.
Lors de la soirée d’ouverture, le bar était plein de travailleurs forestiers visiblement optimistes pour la suite.
Bois québécois: «Trump a besoin de nous»
Frappé de plein fouet par les tarifs de Trump, l’industrie québécoise du bois d’œuvre se montre résiliente, mais surtout patiente face à la suite. Les mois passent, mais l’industrie se dit prête à se battre encore longtemps.
«Nous n’avons pas besoin du bois canadien», lance à répétition Donald Trump, tout au long de 2025. «Nous avons notre propre bois!».
Le président américain a attaqué frontalement notre industrie du bois d’œuvre.
Michel Vincent, président Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), admet que le coup a été dur, mais qu’aujourd’hui, l’industrie se transforme.
«Aucune usine ne peut présentement faire de l’argent avec du bois d’œuvre. Les usines fonctionnent au ralenti, certaines sont fermées temporairement. Mais les tarifs vont tomber éventuellement et nous allons être bien positionné pour profiter de la reprise», assure-t-il.
«Le mot d’ordre est d’être patient.»
Environ 130 000 travailleurs québécois dépendent de l’industrie forestière, qui engrange 6 milliards de dollars de retombées pour le Québec.
L’industrie tente par tous les moyens de ne pas perdre cette ressource précieuse et d’éviter que ces employés bien formés se tournent vers d’autres emplois.
La reprise de l’industrie de la construction et la crise du logement vont obliger les États-Unis à revenir vers le bois canadien. «La crise du logement est tellement immense aux États-Unis, il va avoir besoin du bois québécois. Il se construit 2 millions de maisons chaque année au Canada et aux États-Unis et les Américains ne sont pas auto-suffisants.»
Les Américains demeureront protectionnistes selon lui, mais à un moment ou l’autre le bois canadien sera un incontournable.
M. Vincent salue les initiatives mises en place pour réinventer l’industrie. «Il faut penser à de nouveaux produits notamment au niveau énergétique», dit-il. Il salue les initiatives de la scierie St-Michel qui vend maintenant des granules de bois en Italie pour alimenter des fours à pizza.
«On est là encore longtemps, on en a vu des crises et on va passer à travers celle-là!», lance le représentant de l’industrie.
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