Une image vaut mille mots: cet adage inspire souvent les communicateurs lorsqu’il s’agit de faire comprendre au public les messages que l’on souhaite transmettre. Depuis son arrivée au poste de première ministre, celui-ci semble clairement au cœur de la stratégie de Mme Fréchette, alors qu’elle multiplie les discours et les déplacements à un rythme nettement plus soutenu que celui de son prédécesseur.
La visite en France amorcée hier s’inscrit directement dans cette logique. Regardons maintenant pourquoi cette mission est importante et quelles images elle cherchera à projeter.
Diversifier notre économie
Après sa visite à Washington, Paris apparaît comme l’endroit tout indiqué pour mettre en valeur le lien privilégié entre le Québec et l’Europe. La France demeure notre principale porte d’entrée vers ce marché et la première ministre pourra profiter de ce déplacement pour démontrer la présence importante des entreprises québécoises sur le territoire français. Elle aura également l’occasion de souligner les occasions que le Québec offre aux entreprises françaises et de rappeler certains succès déjà bien établis ici, comme ceux d’Airbus et d’Alstom.
Alors que son prédécesseur a connu un succès pour le moins mitigé avec les investissements étrangers, notamment sur le dossier Northvolt, Mme Fréchette cherchera à promouvoir des alliances plus prévisibles, capables de faire oublier cet épisode et, surtout, de contribuer à la diversification de notre économie pour réduire notre dépendance envers les États-Unis.
Se positionner en cheffe d’État
Un autre aspect important de cette visite sera la rencontre entre Mme Fréchette et Emmanuel Macron. Certes, le président français ne bénéficie plus du même niveau de popularité dans son pays, mais il demeure, sur la scène internationale, un acteur influent du G7 dont le poids diplomatique reste considérable.
L’image de la première ministre Fréchette reçue à l’Élysée sera sans doute l’une des images fortes de cette mission. Elle contribuera à renforcer la perception d’une dirigeante capable d’exercer de l’influence non seulement au Québec, mais aussi à l’étranger. Dans le contexte géopolitique actuel, cette dimension pourrait lui être utile, notamment dans des dossiers liés à l’industrie de la défense.
Parler de langue avec nos principaux alliés
La France demeure également notre principal allié culturel et linguistique. La première ministre profitera donc de ce voyage pour mettre de l’avant les deux grands axes de son positionnement politique : l’économie et l’identité.
Ses rencontres avec les milieux culturels lui permettront notamment de défendre le dossier de la découvrabilité des contenus francophones, un enjeu devenu central pour la promotion de la langue française et sur lequel le gouvernement québécois travaille depuis plusieurs années avec ses partenaires français.
À cinq mois de l’élection, alors que les sondages montrent une perception plutôt positive de la première ministre, Mme Fréchette utilise toutes les tribunes à sa disposition pour renforcer son image auprès de l’électorat et tourner la page sur l’ère de son prédécesseur.
Cette mission ne changera pas le paysage politique, mais elle contribue à construire un narratif susceptible de rallier un électorat qui ne souhaite pas de référendum, qui veut un gouvernement axé sur l’économie, mais qui demeure également sensible aux enjeux identitaires et linguistiques.
Dans cette stratégie, les images compteront tout autant que les mots.
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