Christine Fréchette a annoncé que, si elle était élue cheffe de la CAQ et première ministre, elle reculait sur l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Mais surtout, elle a exposé son style de leadership: improvisé, maladroit et sans considération pour ses alliés.
Sacrifier son allié
Premièrement, on s’explique très mal pourquoi Fréchette a annoncé publiquement son revirement sans coordonner le tout avec Jean-François Roberge (le ministre responsable du dossier), et ce, tout juste avant la période de questions à l’Assemblée nationale.
Pourtant, le ministre Roberge est un allié précieux, lui qui incarne une partie plus nationaliste de la CAQ avec laquelle Fréchette a moins bonne réputation.
La moindre des choses aurait été d’organiser une sortie commune. Après tout, Jean-François Roberge fait partie de l’équipe Fréchette, lui qui a décidé de l’appuyer dans cette course.
Ferait-elle mieux lorsqu’il sera question de faire d’importants arbitrages au conseil des ministres?
Le retour des girouettes
« Ce n’est pas envisageable d’appliquer une clause grand-père, malheureusement. Je sais bien que ça passe bien dans les médias, le terme a l’air simple, mais dans les faits, la mécanique de le permet pas ».
C’est ce que Christine Fréquette disait au podcast Politiquement parlant. Il faut croire qu’elle aime mieux « bien passer » dans les médias que d’être une joueuse d’équipe et solidaire avec ses collègues.
Au-delà de la politique en soi, qui est légitime, l’annonce de Fréchette n’aidera certainement pas l’image de la CAQ quant à leur va-et-vient et leur incapacité à incarner, sans trop de détours, une orientation politique claire.
Christine Fréchette était au conseil des ministres lorsque la décision s’est prise concernant l’abolition du PEQ. Si elle était vraiment convaincue que c’était une mauvaise idée, pourquoi alors promettre de ne pas octroyer une clause grand-père pour ensuite, quelques jours plus tard, promettre le contraire ?
Cette politique rappelle le temps des « girouettes », où Jean Charest accusait les adéquistes de changer d’orientation à répétition.
Y a-t-il une pilote dans l’avion ?
Ce qui frappe surtout, c’est le caractère répétitif de ce type de comportement. Ce n’est pas la première fois que Christine Fréchette donne l’impression de reculer, d’hésiter ou de vouloir adopter une position mitoyenne incohérente sur des dossiers majeurs.
Sur le troisième lien : incapable de prendre position claire et demande un breffage au cabinet du premier ministre, qui lui est évidemment refusé.
Sur le projet de Constitution québécoise, Fréchette ne semble également pas particulièrement solidaire du projet du ministre Simon Jolin-Barrette.
En éducation et sur le système à trois vitesses : elle y réfléchit. Sur les subventions massives à des entreprises étrangères comme dans le cas de Northvolt : elle y réfléchit…
Personne n’est contre la vertu et c’est normal de réfléchir avant de prendre position. Mais on comprend mal pourquoi une prétendance au poste de première ministre, député depuis 2022 et ministre senior depuis près de quatre ans, est encore à l’étape de la réflexion sur plusieurs enjeux majeurs.
Une question de crédibilité
Au final, l’épisode du PEQ n’est pas un accident isolé. Il s’inscrit dans une série de signaux qui pointent vers le même problème : un leadership à géométrie variable, incapable d’assumer clairement des positions difficiles, et qui fragilise autant ses collègues (alliés !) que la cohérence de l’action gouvernementale.
Pour une candidature qui aspire au poste de première ministre, c’est un drapeau rouge.
Très rouge.
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