Après deux séries éreintantes, Montréal n’a que quelques jours de congé avant son plus gros test de l’année. Les Hurricanes de la Caroline se sont qualifiés en Finale de l’Est sans échapper un seul match lors des deux premiers tours, balayant les Sénateurs d’Ottawa et les Flyers de Philadelphie. Ils n’ont été devancés que par l’Avalanche du Colorado en points et en buts cette saison, dominant l’association toute l’année. Bref, ils sont par toutes mesures les favoris pour représenter l’Est en Finale.
Malgré ces accolades, c’est Montréal qui a eu le dessus en saison, avec une fiche parfaite de 3-0-0 lors de leurs trois duels (5-1-0 si on remonte à l’an dernier). Un signe encourageant pour le CH, mais tout retombe à zéro en séries et les Hurricanes seront plus reposés que jamais après leurs balayages.
Parlant de repos...
Repos, ou rouille?
Dû aux décisions d’horaires de la LNH, les Hurricanes auront dû attendre 11 jours entre les 2e et 3e rondes, après avoir dû patienter une semaine entre les deux premières rondes.
Ce serait habituellement ici que je vous donnerais les statistiques des équipes qui ont eu autant de temps mort entre deux séries. Comment ça affecte leur jeu offensif, les chances qu’ils accordent, ou les revirements que la rouille pourrait causer. Mais pour la Caroline, c’est simple, nous sommes en territoire inconnu.
Seules trois autres équipes ont dû attendre dix jours ou plus avant leur prochaine série (la Finale de la Coupe Stanley dans les trois cas). Les Bruins de Boston de 2019 (10 jours), qui se sont inclinés en 7 contre les Blues de St. Louis, les Mighty Ducks d’Anaheim de 2003 (10 jours), qui se sont inclinés en 7 contre les Devils du New Jersey, et les Canadiens de 1919 (12 jours), qui ont éventuellement déclaré forfait à cause de la grippe espagnole. Pas exactement un échantillon suffisant pour tirer des conclusions.
On le voit chaque année, un long congé peut lancer une séquence de victoires comme il peut marquer le début de la fin. Pensez au nombre d’équipes qui ont complètement changé la trajectoire de leur saison après une pause olympique ou autre longue séquence sans match, autant en positif qu’en négatif. C’est du temps supplémentaire pour permettre aux vétérans de se remettre de leurs blessures, du temps de plus pour analyser les tendances de l’autre équipe. Mais c’est aussi près de deux semaines sans jouer de hockey à pleine vitesse. Si les Hurricanes montrent le moindre signe de rouille, Montréal doit les faire payer rapidement pour forcer les favoris à jouer sur les talons.
Et un petit fait divers pour la route : les équipes qui ont gagné une série en 7 matchs sont 7-1 lors de la ronde suivante quand ils affrontent une équipe qui a gagné en 4 matchs depuis 2000.
Un choc de styles
Pour les Hurricanes, la stratégie offensive est simple et efficace : un échec-avant sans relâche et diriger le plus de rondelles possibles vers le filet. Ils ont terminé la saison régulière avec 5636 tirs tentés. Seuls deux autres clubs ont atteint le plateau des 5000 : Colorado (5599) et Anaheim (5167). Cette approche mène sans surprise à beaucoup de tirs de moindre qualité en périphérie. Moins de 40% de leurs tirs en saison régulière provenaient dans l’enclave, un plateau que 25 des 32 équipes ont franchi. C’est aussi la seule équipe du carré d’as qui est en dessous de 40% en séries. Bref, les Hurricanes cherchent à battre leurs adversaires à l’usure avec une pression constante, quelque chose qu’ils peuvent soutenir grâce à leur excellente profondeur. Dobes sera testé tôt et il sera testé souvent.
Pendant que leur attaque fait feu à volonté, la défensive des Hurricanes étouffe les opportunités de tirer de l’autre côté de la glace. Aucune équipe n’a accordé moins de tirs que la Caroline en saison, et ils continuent de se classer parmi les meilleurs en séries. Malgré ces apparences de forteresse, les Hurricanes ont montré, en saison comme en séries, une tendance à accorder des chances en or plus souvent que leur domination dans plusieurs catégories pourrait laisser croire. Quinzième en saison pour les tirs accordés du bas de l’enclave, et 7e en séries. Pas mauvais, mais pas tout à fait dominant non plus.
C’est un profil qui n’est pas sans rappeler le plan de match offensif du Tricolore, qui est un opposé total des Hurricanes. Montréal est sélectif avec ses tirs au point d’en être frustrant. Seuls les Flyers ont décoché moins de tirs par match en séries, mais le CH marque tout de même plus de trois buts par rencontre, légèrement devant les Canes. Les chances à bout portant ont joué un rôle clé contre les Sabres (13 des 27 buts sont venus du bas de l’enclave) et Montréal ne doit pas perdre de vue son plan de match. Il ne faut pas tomber dans le jeu des Hurricanes et essayer de les suivre tir pour tir, c’est une cause perdue. Les hommes de Martin St-Louis doivent continuer de jouer leur game et de capitaliser sur les opportunités de premier plan qu’ils sont capables de créer.
Prédiction Sportlogiq : Hurricanes en 7
Je m’attends à ce que Montréal pousse les Hurricanes à la limite, mais que la profondeur et la pression incessante de la troupe de Rod Brind’Amour aura ultimement raison du Tricolore.



